Une réalisation de Jacques Rhéaume Accueil Conseils Installations Auteur
 Anecdote relative à l’écriture Souvenir des débuts de l'enseignement En ce temps-là, les élèves jouaient des tours à leur professeur. Il faut leur pardonner ils étaient au collège et ne savaient quoi inventer pour déstabiliser le professeur surtout lorsqu'ils devaient l'endurer durant trois longues heures dans un cours magistral. Toujours est-il qu'il était très « tendance » de subtiliser les notes du professeur durant les pauses. J'avais été prévenu de la chose dès mon initiation à la vie professorale. C'était probablement le seul conseil pédagogique que j'avais reçu. Dès les premiers cours, j'avais prévu le coup en anticipant diverses solutions dont la plus évidente était de préparer un plan B sans souligner le fait au groupe, question de finir par déceler les « coupables ». Une première fois, on a changé l'ordre de mes papiers durant la pause. J'avais prévu cela en paginant mes notes avec un code en me rappelant comme il était d'usage dans les commerces d'indiquer sur un objet le prix payé pour un article en utilisant des lettres pour ne pas que le client décèle la marge de profit. Élevé dans une quincaillerie, je me rappelais de « tourmaline » ou de « chevalnoir » (ces mots de 10 lettres n'en ont pas deux semblables) et je pouvais lire directement mes codes comme si c'était une pagination en chiffres. Une autre fois, mes notes ont disparu. Heureusement mon bureau était proche et j'ai été chercher une copie de mes notes, des livres d'images et une copie du journal LE SOLEIL. J'en étais rendu à expliquer ce qu'est un « cromlech ». Or le « O » du titre du Soleil, dans la graphie de l'époque, imitait un cromlech avec son « O » et une petite barre au centre du «O ». (Un cromlech est un ensemble de menhirs disposés en rond avec un menhir central). Puis le cours s'est continué en montrant des images et en utilisant mon matériel sans recourir à mes notes manuscrites. Les élèves ont cessé de me jouer des tours de cet ordre et j'ai appris qu'on pouvait être beaucoup plus intéressant si un cours n'était pas nécessairement un chapitre linéaire d'un livre. Les appareils de photocopie sont arrivés dans les collèges cette même année et j'ai très tôt distribué mes notes et proposé des objets ou images pour accrocher des points relatifs à ce que j'enseignais. L'audiovisuel entrait à l'école mais surtout au collège tandis que l' « EXPO 67 » de Montréal nous avait montré, cette même année, ce qu'il était possible de réaliser. Il n'est pas surprenant de constater que ni Socrate ni Jésus n'ont soumis leur enseignement à l'écriture. Ce sont les disciples qui ont réalisé ces tâches. Tant que les moyens de multiplication des textes étaient lents, rares, chers, les livres étaient précieux mais réservés du fait même à des élites de scribes et d'intellectuels. Et les professeurs étaient essentiellement des répétiteurs de ces textes rares et précieux. Enfin, vint Gutenberg et l'imprimerie. Les livres, en commençant par la Bible, et les écoles se sont multipliés. Le livre relativement bon marché démocratisait le savoir et engendrait des professeurs dont les cours étaient essentiellement des chapitres de livres, débités de manière linéaire avec juste ce qu'il faut d'explication pour ne pas retarder la lecture. Pas surprenant qu'on parle encore de nos jours des « lecturers » pour désigner ces conférenciers ou professeurs qui lisent leur texte avant de répondre aux questions. Vous devriez comprendre pourquoi ce site se nomme Post Scriptum. Ce n'est pas parce que l'écriture rend moins intelligent comme le disait Platon dans Phèdre où Theuth et Thamous font voir leur point de vue mais parce que nous sommes rendus à dépasser le texte. L'écriture est comme le vin Passe encore d'écrire mais de là à tout publier en papier. Heureusement le « web » et d'autres médias viennent satisfaire l'écriture et la publication. Avant cela, il y eut le théâtre mais la leçon n'était qu'un livre proclamé! Les publications sur Internet n'ont pas toutes les caractéristiques des livres en papier. Je me fais souvent demander à quelle date tel article a été placé en réseau et on ajoute comme raison le fait qu'on doit le citer dans la médiagraphie d'un mémoire ou d'une thèse. Ma réponse est toujours cinglante, tel texte a toujours été revu entre telle et telle date. L'édition actuelle n'a pas d'importance. À l'inverse, je me fais aussi souvent demander s'il n'y a pas une mise à jour de tel article trouvé sur Internet. Cela sous- entend qu'un article ne peut pas vivre longtemps sur Internet. Quelle erreur aussi. Pourquoi faudrait-il toujours revenir sur des articles passés? Il faut dire que le « web » a des documents aux vies variées, des nouvelles et du bavardage éphémères aux grands textes et artefacts classiques, voire éternels. Tout cela oblige le lecteur à apprécier chaque texte ou document à sa juste portée sans le support de la nouveauté ou l'approbation de plusieurs générations de lecteurs. Internet est comme le vin. Il y a des bouteilles de vin nouveau qui doivent se boire immédiatement et d'autres qui ont la personnalité nécessaire pour passer de longs moments dans le cellier. Mais personne n'est appelé à tout boire et il faut compter sur les bouteilles cassées pour nous faciliter la tâche. Cela devient de la «antiserependicity », de la non-trouvaille bénéfique. Cacher ce texte Les technologies modernes offrent bien des manières d'occulter un texte lors d'un cours ou d'une conférence. Les tenants de la lettre de leur texte utilisent avec une certaine sclérose le télésouffleur, le «teleprompter » qui est souvent utilisé pour la lecture de nouvelles télévisées et pour la performance dans des conférences publiques importantes. L'exactitude et la durée sont au rendez-vous mais la spontanéité et l'actualisation du message y perdent.  D'une manière moins linéaire et précise, le « cue card » permet à l'animateur télé de rappeler les éléments déclencheurs qui permettront par la suite à la mémoire et à l'improvisation de faire le reste. Pour ma part, après avoir utilisé pendant longtemps des acétates et un rétroprojecteur, les documents de style « Power Point » sont devenus mes aides à la fois pour la mémoire, l'exactitude et la présentation visuelle. Évidemment, cela évite de recourir au papier mais il faut bien préparer notre document et en essayer les moyens de livraison à l'avance. Ceux qui détestent cette approche sont toujours ceux qui se sont lancés dans l'aventure sans souci technique préalable et sans pratique de ce genre de parole publique. Mémoire et improvisation De nos jours, on parle d'équilibriste pour désigner celui qui se lance dans un long discours sans note ni support. L'improvisation n'est pas si difficile à maîtriser; les prédicateurs, les politiciens et les professeurs pratiquent ce mode de prise de parole. Par contre, celui qui essaie de se remémorer un discours préalablement écrit va nécessairement engendrer du bredouillage, bredouillement et bredouillis, tout comme celui qui essaie de parler trop vite. La structure et la portée de la parole dans ces cas doit être suggérée par quelques objets ou métaphores parce que c'est cette cohérence qui est le plus difficile à conserver dans ce genre de « sans texte ». Les mots et les choses Les mots ont avantage à être réifiés, chosifiés et les choses ont avantage à être nommées et verbalisées. Ces approches utilisées lors de la prise de parole publique ou d'un simple cours en horripile quelques uns mais il reste qu'il n'y a rien comme un objet pour fixer les idées et pour concentrer la structure d'un discours. Il n'est pas surprenant dans ce contexte que des politiciens évitent d'utiliser certains termes parce qu'ils sont trop connotés affectivement, voire économiquement. Quant aux cigales politiciennes, elles disent tout et son contraire mais se méfient peu du feu de paille que cela suscite. Foucault nous a appris qu'il y a une distance entre les mots et les choses mais il faut néanmoins viser la connexion, la vraisemblance, la vérité. L'expression populaire est bien juste, sans connexion possible, ce ne sont que « des paroles en l'air ».

Un professeur veut toujours continuer à enseigner selon ses talents, ses moyens. ses technologies